Libération des semences

Voilà qui dénoue enfin de très sérieuses crispations, mais ce n’est pas encore suffisant pour garantir la sauvegarde de la biodiversité alimentaire et du patrimoine vivant et culturel .

Si le règlement européen autorise à partir du 1er janvier 2021 l’utilisation des semences du domaine public aux agriculteurs bio, rien n’a changé pour les amateurs ! Aussi, nous « Malé’Va », aux côtés d’autres associations dédiées à la sauvegarde de la biodiversité alimentaire et à la promotion d’une agriculture respectueuse de l’environnement, des paysans et des consommateurs, ou citoyens engagés dans la défense de ces valeurs, soutenons pleinement la démarche en cours, engagée par l’avocate de l’association Kokopelli, Blanche Magarinos Rey, dont vous pouvez lire le courrier ci-dessous :

Monsieur Jean-Baptiste Moreau, Rapporteur au fond, 
Madame Laurence Maillart-Méhaignerie, Rapporteure pour avis,
Mesdames, Messieurs les Députés,
Copie à : 
Monsieur le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, 
Monsieur le Ministre de la Transition écologique et solidaire, 
Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames, Messieurs les Députés,

A partir du 22 mai prochain, vous serez appelés à vous prononcer sur le projet de loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable ». Un amendement à ce projet de loi a été déposé par certains d’entre vous, et il vise à autoriser la vente de semences de variétés traditionnelles ou paysannes, appartenant au domaine public, à des utilisateurs non professionnels, jardiniers amateurs pour la plupart.

Nous, associations dédiées à la sauvegarde de la biodiversité alimentaire et à la promotion d’une agriculture respectueuse de l’environnement, des paysans et des consommateurs, ou citoyens engagés dans la défense de ces valeurs, souhaitons par les présentes marquer notre soutien à cet amendement et solliciter également le vôtre.

En effet, depuis un siècle seulement, 90% des variétés traditionnellement utilisées par les paysans, à l’échelle de la planète, ne sont plus cultivées, et 75% d’entre elles ont déjà été irréversiblement perdues, selon la FAO.

Cette disparition de la biodiversité alimentaire se reflète tous les jours sur les étals de nos marchés, où les centaines d’espèces et les milliers de variétés d’antan ont été remplacées, en 60 ans à peine, par quelques dizaines de variétés, toutes identiques, et encore moins d’espèces. 
Cette pauvreté de l’offre agricole et alimentaire s’explique principalement, en France et en Europe, par l’application d’une législation rigide qui impose l’inscription des variétés sur un « catalogue officiel », lequel garantit une production homogène et standard, fortement consommatrice d’intrants et mécanisable, bien loin des attentes des jardiniers et consommateurs, en termes de goût, de diversité et de qualité nutritionnelle.

Par chance, cette législation, européenne avant tout, n’est applicable qu’aux usages professionnels faisant une « exploitation commerciale de la variété ». Ainsi, les usages non strictement professionnels peuvent y échapper. Malheureusement, le droit français ne fait pas cette distinction et les juridictions pénales ont déjà condamné des associations de jardiniers faisant commerce de ces variétés traditionnelles oubliées. 
Pourtant, les jardiniers jouent un rôle crucial dans la conservation de la biodiversité. Leur approche dynamique et plus évolutive que celle des banques de gènes réfrigérées est indispensable. En effet, n’ayant pas les mêmes besoins et les mêmes exigences, en termes de rendements surtout, que l’agriculture professionnelle, ils ont recueilli, dans des collections plus ou moins vastes, une partie de la biodiversité abandonnée par les agriculteurs. Par leurs gestes simples de remise en culture in situ, d’années en années, mais aussi grâce aux croisements non dirigés qui prennent place dans leurs potagers, les jardiniers permettent à ce patrimoine vivant d’évoluer, de s’adapter aux conditions changeantes de sol et de climat et de s’enrichir par recombinaison. Ce travail est précieux ; il faut donc l’encourager et lui donner les moyens, légaux et réglementaires avant tout, de se développer. Pour cela, il convient que les jardiniers aient accès à la plus grande diversité possible de semences, et surtout aux variétés non homogènes et non stables qui ont été interdites à la commercialisation par le système du « catalogue officiel ».

C’est ce que l’amendement susvisé vous propose de reconnaître et d’autoriser.

Aussi, vous l’aurez compris, cet amendement est fondamental : il concerne la sauvegarde de la biodiversité alimentaire et du patrimoine vivant et culturel de notre pays.

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Publié le 19 mai 2018, dans permaculture. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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